jeudi 8 juillet 2010

La cartographie comme production d'une idéologie : des alternatives ?

Cette présentation de Berndt Belina, de l’université Goethe à Francfort, est vraiment utile aux enseignants d’histoire – géographie. Elle montre que comme toute représentation du réel, la carte ne peut être utilisée en classe sans apporter un profond regard critique sur la carte, qui passe par la façon dont elle est construite, la mise en lumière de son auteur et l’analyse des outils qui ont été utilisés.

Il prend pour exemple la cartographie de la criminalité, et commence par l’analyse des données : on ne peut cartographier que les crimes qui ont été déclarés ou constatés, et ne parlent pas du reste. Ces crimes sont en outre avant tout des actes auxquels la société a donné un sens. Fumer un joint est ici un crime, ailleurs un délit, et parfois un acte privé légal. Par ailleurs, ces données sont aussi manipulables : la qualification des crimes, le nombre même des crimes relevés peuvent être une réponse à des pressions politiques, économiques, sociales. On remarquera enfin que plus il y a de policiers plus il y a de crimes puisque le métier de la police est de relever les crimes, et qu’il y a plus de chance qu’un crime soit reconnu lorsque les agents de la force publique sont nombreux.
Les données utilisées pour cartographiées sont donc déjà une forme d’interprétation de la réalité.

Passons à la cartographie : le choix des données cartographiées, la façon dont elles sont représentées, dont sont faites les catégories, les seuils, sont déjà porteurs d’une vision de l’espace à représenter. Je ne parlerai pas du choix des figurés, qui est une évidence pour tous les enseignants d’histoire –géographie. Il faut cependant ajouter que sur ces cartes du crimes, les données liées au crimes sont souvent complétées par des informations complémentaires (emplacement des écoles, des stations de métro, etc…) qui suggèrent des explications à la répartition du crime mise en évidence, explications qui n’en sont pourtant pas forcément, les liens de causalité résultant simplement de la coexistence visuelle sur la représentation cartographique.

Pendant cette présentation, j’ai pensé à l’usage qui est faite dans nos classes des cartes du crime à Chicago. Un usage auquel il faut vraiment bien réfléchir : nous utilisons souvent les cartes comme des données et non comme des modèles. B. Belina nous propose trois stratégies pour faire un bon usage de la carte :
-    d’abord, connecter la carte produite avec l’histoire de sa construction, des mécanismes qui ont permis de la produire (auteurs, contexte, données, choix de traitement, choix visuels…)

-    utiliser ces cartes non pour caractériser les espaces dans la ville de Chicago, mais pour mettre en évidence la façon dont les autorités veulent communiquer sur leur action dans la ville, sur l’histoire du contrôle de l’état sur les individus, sur la façon dont est entendue la notion de crime elle-même au moment de la création de la carte ? Ou plus encore, ne serait-il pas plus important de faire émerger les modèles, les représentations du monde, les intentions qui sous-tendent les cartes dont nous sommes abreuvés ? Pour faire travailler sur la cartographie du crime, ne serait-il pas plus approprié, nous dit B. Belina, de faire construire la carte

-    Créer des cartes de la politique sécuritaire : cartographie de la vidéosurveillance, des zones considérées comme peu sûres par les autorités ou par la population, des décisions politiques en métière de sécurité et croiser ces cartes avec celles de la criminalité.

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Crime Mapping, Production of Ideology an Alternatives, in Jekel, Koller, Donert, Vogler Eds, Learning with Geoinformation V, Wichmann, 2010.

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